Varios
Choisir un camp
15 octubre 2023

Texto de Maria Pourchet, traducido al español bajo el original.
Depuis l’enfance, depuis la balle au prisonnier,
Jusque dans mon lit, on m’a demandé de choisir un camp.
Les faibles ou les forts, littéraires ou scientifiques,
Vierges ou salopes, Israël ou Palestine.
L’Europe oui ou non, homo ou hétéro,
De plus en plus vite et de plus en plus souvent.
Rejeter l’un pour appartenir à l’autre,
Lâcher le débat pour honorer des divisions.
Réac ou éveillé, me too ou pas me too,
Censeurs ou libertaires.
Inscrivez-vous quelque part, on en parle après…
Moi qui n’ai jamais été pressée d’appartenir,
Qui n’aime rien tant qu’écouter les autres,
Raconter le flou intérieur, regarder la pensée en train de se faire,
Comme on regarde couler du café filtre, j’ai un peu peur…
Et si tout ce qu’on avait bossé au Bac de philo,
Et la suspension du jugement – étaient démonétisés?
Au profit d’un monde simpliste, radical,
Tailladé de frontières à l’arrache entre les genres, les gens, les idées.
Un monde inhabitable de positions et d’antagonismes,
Où «je ne sais pas» ne serait plus une réponse, mais une infamie.
Alors simplifier c’est tentant.
Le réel est d’une complexité déroutante, NOUS somme déroutants.
Troublés, facettés comme du quartz, éperdus,
Blessés et changeants, amoureux, nous sommes impensables.
Mais simplifier c’est réduire.
Trancher dans le réel, c’est le mutiler, nous avec.
Et cette part, que dans l’impatience d’arbitrer nous pourrions abandonner,
C’est la plus riche, et sûrement la plus libre, c’est la nuance.
Faite d’hypothèses, de temps et de questions, la nuance est une lampe.
Elle laisse apparaître le tracé singulier de nos routes.
Nos raisons profondes,
Des cohérences soudaines entre les camps,
De chatoyants revers de médailles, des rires,
Et d’infinis dégradés dans les vérités.
Des couleurs inouïes, auxquelles il faut encore chercher des noms.
La Pensée en somme, et la Littérature…
Maria Pourchet
Elegir terreno
Desde la infancia, desde el juego de «balón prisionero»,
Hasta en mi cama, me han pedido que elija un bando.
Los débiles o los fuertes, los literarios o los científicos,
Vírgenes o promiscuas, Israel o Palestina.
Europa sí o no, homo o hetero,
Cada vez más rápido y cada vez más a menudo.
Rechazar uno para pertenecer al otro,
Abandonar el debate para honrar divisiones.
Reaccionario o despierto, «me too» o no «me too»,
Censores o libertarios.
Inscríbete en algún lugar, ya hablaremos luego…
Yo, que nunca he tenido prisa por pertenecer,
Que no amo nada más que escuchar a los demás,
Contar la nebulosa interior, observar el pensamiento mientras se forma,
Como ver el café goteando en el filtro, tengo un poco de miedo…
¿Y si todo lo que estudiamos en el examen de filosofía,
La duda razonable y la suspensión del juicio, fueran desacreditados?
A favor de un mundo simplista, radical,
Tajantemente dividido entre géneros, la gente, las ideas.
Un mundo inhabitable de posiciones y antagonismos,
Donde «no sé» ya no sería una respuesta, sino una infamia.
Entonces, simplificar es tentador.
La realidad es desconcertantemente compleja, NOSOTROS somos desconcertantes.
Perturbados, facetados como el cuarzo, perdidos,
Heridos y cambiantes, enamorados, somos impensables.
Pero simplificar es reducir.
Cortar en la realidad es mutilarla, y a nosotros con ella.
Y esta parte, que en la impaciencia de tomar partido podríamos abandonar,
Es la más rica y seguramente la más libre, es la matización.
Hecha de suposiciones, tiempo y preguntas, la matización es una luz.
Deja ver el singular trazado de nuestros caminos.
Nuestras razones profundas,
Coherencias repentinas entre los bandos,
Brillantes reversos de las medallas, risas,
Y degradados infinitos en las verdades.
Colores asombrosos, que todavía no tienen nombre.
En resumen, el Pensamiento y la Literatura…
Maria Pourchet